Au fond quelle importance si j’ai plus ou moins de soixante dix ans, auxquels tu peux ajouter des centaines de jours depuis mon dernier anniversaire, les neuf mois logés-nourris-blanchis dans le ventre de ma mère et non comptés par l’État Civil, sans oublier les trois ou quatre millions d’années au cours desquelles de mystérieux parents, plus ou moins cellulaires, nageant, rampant, dressés sur leurs pattes arrières, hérissés de plumes et de poils, couverts d’écailles et de haillons… se sont succédés et accouplés jusqu’à moi. À en croire Darwin, j’ai beaucoup plus d’années derrière moi que devant ! Puisses-tu trouver dans le grand disque mou interne d’un auteur sans passé littéraire ni futur programmé par une intelligence artificielle, les mots pour te distraire jusqu’à la prochaine rubrique nécrologique, parce que nous en sommes précisément tous là.
Écrire est une expérience vitale dont on ne ressort jamais indemne.
N’OUBLIE PAS D’ÉTEINDRE TOUT AVANT DE MOURIR
Aujourd’hui je me fais une idée plutôt quantique de la vie et de la mort. D’un côté, la traversée d’un champ de mines anti-personnelles à la vitesse de la lumière. De l’autre, un bombardement de particules d’anti-matière qui absorbent chacun de mes faits et gestes.
J’imagine que ma mort sera un non-événement de nature non localisable et indéterminée. Une panne de conscience dans le “ni lieu, ni temps”. Et je n’aurai a priori aucune influence sur son déroulement. Ni déclencheur, ni observateur, ni participant. Ma petite voix intérieure connaîtra le sort de l’instant et du jeu divin entre la particule et l’onde jusqu’à son effondrement et sa cristallisation.
N’en déplaise aux vieux Platon et autres Aristote, la mort s’empresse de crever leur monde des idées comme une baudruche. À partir de ĺà, qu’importe l’histoire et le sens d’un livre si ce n’est de rendre justice à l’oubli ? La mémoire est une forêt obscure dans laquelle seuls viennent se perdre les vivants.
Ne comptez donc pas sur moi pour tomber dans le romantisme écolo et ésotérique ou dans le moralisme du roman à thèse Barrésien, l’important c’est d’inquiéter plus que de rassurer !
Les mots qui suivent sont donc indéterminés par l’auteur, les personnages sont de passage, avec ou sans domicile fixe, les lieux apparaissent flous et incertains répondant aux principes de la physique quantique appliqués au macrocosme.
Mais que l’on se rassure. Il est plus facile d’appréhender le désordre que d’essayer d’organiser le monde avec des idées ou des concepts. L’idée du tout n’est pas une philosophie du tout. Autrement dit, ce n’est pas du tout une philosophie.
L’important c’est qu’est-ce qu’on attend et qu’est-ce qui nous attend, ici et maintenant ? Tout peut arriver à tout moment mais rien ne se passe que déjà notre tour de garde est fini. Et la page se tourne sur une autre plage d’attente de ce qui n’arrive toujours pas. Exactement entre Zéro et Un. Mais pour l’instant ni l’un ni l’autre en vue.
Urgent donc de changer d’échelle. Assis dans un coin de la galaxie, balancer les jambes dans l’espace et ronger son frein dans l’attente de l’autre monde. Vivre sur sa lancée, indifférent au sens des aiguilles des montres qui voudraient percer la nuit. Passager d’un jet de sperme dans le vide, grapilleur de secondes comptées jusqu’à la dernière. N’oublie pas d’éteindre tout avant de mourir, sur la seule planète connue du système granulaire de matière vive. At home, je suis atome.
TRA DUE PACI
Sulla guerra non si può ragionare o piuttosto si può ragionare solo su chi è stato il primo a sparare, su chi ha ragione e chi ha torto, sulla ripartizione delle forze, sulla natura delle armi, su loro numero…. Idem per la pace. Si può ragionare solo su il nemico potenziale che ci minaccia, e sulla necessità di essere armato per difendersi della guerra. E di nuovo si può ragionare solo sulla natura delle armi, su loro numero, su l’importanza di fabbricarne delle nuove et sempre più terrificante. La vita e la morte di milioni di persone sono sottintesi. E il diritto internationale di fare la guerra s’applica in modo differente secondo se si tratta di armi convenzionale o chimici, di civile o di combattenti, di citadine della NATO o no, di bianchi o di neri… Nella mentalità di tutti, vittime comprese, guerra e pace sono intercambiabili. La possibilità dell’una è legata a l’impossibilità dell’altra. E cosi viviamo da sempre tra due guerre in tempo di pace, o tra due paci in tempo di guerra.
MICTION
Chaque fois que je m’absente derrière un arbre, je me sens obligé de lui dire que je ne suis au fond qu’un animal l’arrosant d’un peu d’eau et de sels minéraux, bons pour sa croissance. Rien de plus, les éventuels colorants, phosphates, hormones, antibiotiques, antidépresseurs et toutes les autres molécules dérivées du pétrole qui transitent par moi jusqu’à ses racines, sont indépendantes de ma volonté. Figé dans sa catégorie végétale de la nature, l’arbre m’ignore, et ses racines souillées plongent sans se soucier de moi dans l’obscurité minérale. Ma prétendue conscience d’homme et de l’environnement s’écoule entre chaque grain de terre et devient invisible. Les poisons circulent entre les racines de l’arbre qui les aspirent pour les dégrader, les séparer, les combiner, les transformer un jour… loin de ma conscience dissoute dans l’oubli.
D’ART MONI
Les bras écartés comme des flèches
Je n’ai plus de méridien que le tien
Je porte en moi tes yeux
D’un voyage immobile
Retour de contrées irraisonnées
Dans l’ici et maintenant
Nulle part du temps
Belle comme une aube intelligente sur le monde
Tu habilles de couleurs
Nos nudités interdites
Pour fondre dans le paysage
Ce qu’il nous reste d’humain
D’altérité d’altération
Et devenir enfin
autres que nous sommes
sinon rien
MYTHOLOGIES PRÉCAIRES
Dans le vide sidéral
de nos vieilles certitudes
les rires de l’enfant-dieu
ont réveillé les titans
antiques gardiens
de notre démesure
Depuis que le temps existe
et que la terre est monde
les poètes racontent
que par la seule magie de son image
Dionysos fut jeté dans le miroir du monde
et déchiré en milliards de reflets d’hommes
et de sens arrachés au silence
Comme aujourd’hui
Par la seule magie de son image
Dieu peut venir reprendre son image
roulée dans une couverture de survie

